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Le casse-tête de l’énergie en Tunisie (01/06/2018)

La Tunisie est un pays non-producteur d’énergie, ce qui en fait une préoccupation majeure pour le gouvernement et le citoyen. Une légère augmentation des prix des carburants a des répercussions quasi-immédiates sur le prix de tous les biens et services. Entre déficit et compensation, la facture énergétique est assez conséquent dans le budget de l’Etat. D’où, l’importance de la mise en place de stratégie de rationalisation et d’efficacité énergétique.

 

Pour avoir un topo sur la situation énergétique et sur les solutions décidées par les autorités de tutelle, Business News s’est entretenu ce jeudi 31 mai 2018 avec Mohamed Habib Zgolli, DG électricité et énergie renouvelable, et Hamdi Harrouch, DG de l’Agence nationale pour la maîtrise de l'énergie (ANME). 

 

La Tunisie étant consciente de la rareté de ses ressources naturelles et l’importance de ce facteur dans le développement du pays, en 1985, elle avait créé l’ANME, ce qui était assez visionnaire à l’époque. Les répercussions de la consommation énergétique sont importantes sur les équilibres globaux du pays. En 2017, le déficit de la balance énergétique a augmenté de plus de 49% atteignant 4.032,9 MD. Il représentait 25,9% du total du déficit de la balance commerciale, soit plus du quart. Pour les quatre premiers mois de 2018, le déficit énergétique représente 33,2% du total du déficit. Donc, il représente aujourd’hui le tiers du déficit, ce qui est très conséquent ! D’ailleurs, la Banque centrale de Tunisie (BCT) s’est alarmée de l’aggravation du déficit énergétique au premier trimestre 2018.

En effet, le prix du baril est en train de s’envoler alors que les hypothèses retenues dans la Loi de finances (LF2018) sont de 54 dollars pour le baril de pétrole et un taux de change de 2,5 dinars. Or, actuellement le baril est à plus de 75 dollars. Sachant qu’1 dollar supplémentaire dans le prix du baril représente 121 millions de dinars (MD) de dépenses en plus pour l’Etat tunisien alors que pour le glissement du dinar, chaque 10 millimes de moins par rapport à une monnaie étrangère se répercutent par 30 millions de dinars (MD).

Ainsi et vu ces données, on s’attend à ce que la compensation énergétique de 1,5 milliard de dinars, fixée dans la LF2018, dépasse les 3 milliards de dinars fin 2018. Certes, l’Etat a décidé d’ajuster le prix des carburants, mais ces hausses ne peuvent pas être répercutées directement à la pompe.

 

Ces faits sont corrélés à une production en baisse, 40.000 barils par jours actuellement contre 80.000 barils en 2010. Seulement 23 permis sont valables actuellement contre 50 en 2014. Plusieurs sociétés pétrolières ont quitté le pays à partir de 2014, à cause de la non-conformité entre l’article 14 de la Constitution et le Code des Hydrocarbures. Le code a été rectifié et 8 permis d’exploration seront accordés en 2018. S’agissant du gaz, 6 millions de m3 par jour sont produits à fin avril 2018.

Le hic, c’est que la production tunisienne ne répond pas au besoin du pays : elle ne couvre que 50% de sa demande. Les besoins annuels de la Tunisie sont de 9,5 millions de tonnes d'équivalent pétrole (tep) alors que nous produisons que 4,5 millions de tep. Et ceci sans parler de l’épisode d’El Kamour et de la CPG, dont l’arrêt de production a non seulement obligé le pays à importer dans la précipitation mais qui en plus a coûté à notre pays 2 points de PIB, soit 1,85 milliard de dinars de manque à gagner. A fin avril 2018, le déficit était de 1,4 tep contre 1,2 tep un an auparavant.

Mais que faire pour combler ce déficit alors que nos ressources sont rares ? La réponse est assez simple, il faut miser et investir dans les énergies renouvelables, tout en rationnalisant notre consommation énergétique.

Ainsi, une conférence a été organisée en décembre 2017. Son objectif a été l’accélération de la mise en place des projets d’énergies renouvelables. L’objectif étant de produire 1.000 mégawatts (MW) soit 1 gigawatt (GW) à l’horizon 2020, ce qui représente 5 fois la capacité actuelle de 200 MW.

Ainsi, 3 milliards d’investissements sont prévus pour le régime de concession. Des appels d’offres ont été préparés et lancés le 23 mai dernier. Ils visent la production de 500 MW de photovoltaïque 500 MW d’éolien à partir de 2021, entre sites étatiques et de promoteurs. Elle sera appuyée par l’initiative privée qui viendra épauler l’effort national à travers l’installation de 6 projets de 10 MW et de 4 projets de 1 MW en photovoltaïque ainsi que 4 projets de 30 MW pour l’éolien, pour un coût total de 200 MD.

Des investissements qui visent à augmenter la production d’énergies renouvelables, de telle sorte qu’elle représenterait 12% du total de la production énergétique en 2020 et 30% en 2030. D’ailleurs, la première salve d’appels d’offre a permis d’atteindre un prix imbattable, 4 à 5 centimes d’euros le kW de photovoltaïque, défiant non seulement toute concurrence mais à ce prix l’Etat ne sera plus obligé de subventionner l’énergie. Une avancée considérable.

 

Il faut savoir que la Tunisie a capitalisé sur le domaine d’efficacité énergétique depuis 35 ans. En 2016, ses efforts sont récompensés. Elle a été classé 18ème sur 111 pays ex æquo avec l’Afrique du Sud dans le classement Rise, les seuls pays africains et du MENA figurant dans le Top20.
 


 

Le pays a réussi le découplage entre croissance économique et croissance de la demande énergétique qui sont généralement corrélés, et ceci depuis les années 2000. Ainsi, pour 1.000 dinars de PIB, l’intensité énergétique a été réduite de 20%. La Tunisie se situe dans la moyenne mondiale. L’intensité énergétique a diminué mais demeure élevée, les pays de l’OCDE ayant la moitié de la sienne, donc il y a un potentiel important d’économie d’énergie. L’objectif étant de parvenir à faire 30% d’économie d’énergie vers l’horizon 2030.

 

Ainsi et pour parvenir à l’efficacité énergétique, les autorités travaillent sur plusieurs volets, notamment l’introduction de nouvelles activités en Tunisie, à travers la création d’un tissu d’entreprises industrielles et de services autour de l’efficacité énergétique. Ce qui permettra la création de toute une dynamique à l’intérieur du pays, le potentiel solaire et éolien s’y trouvant là-bas.

Le ministère et l’ANME misent aussi sur l’introduction de nouvelles notions comme celle de planification urbaine avec l’aménagement de ville et pourquoi pas d’immeubles poly-fonctions, qui permettront de résoudre les problèmes bâtiments, de mobilité et d’infrastructure (des endroits où tout sera disponible emploi, résidence et détente) ; celle de centralisation des utilités qui permet des gains en énergie de 60% ; et celle de mobilité électrique. D’ailleurs, le ministère est en train d’étudier la possibilité de la mise en place d’une centrale de distribution de froid et de chaleur utilisant la biomasse pour la nouvelle zone du lac située devant l’avenue Mohamed V de 4 millions de m2.

 

Outre les efforts quotidiens des autorités, un conseil ministériel a été consacré à ce sujet important le 25 mai 2018. Il a découlé sur 2 types d’actions : programmées (pour l’offre et la demande) et spécifiques.

Les actions programmées concernent la rationalisation de la consommation d’énergie. Pour la demande d’énergie, il a été ainsi décidé l’audit énergétique des 350 municipalités, l’isolation de 65.000 logements (8 millions de M2), l’installation de panneaux photovoltaïques pour les administrations publiques, le remplacement de 400.000 réfrigérateurs de plus de 10 ans d’âge, le remplacement de 4 millions de lampes incandescentes par des lampes LED, la mise en place de 450.000 points lumineux LED pour l’éclairage public et la diminution de la consommation des mosquées ainsi que l’installation de panneaux photovoltaïques à ces édifices énergivores.

Pour l’offre, il a été décidé d’améliorer la consommation spécifique des centrales électriques de 217 tep GWh à 210 tep GWh en 2020. L’objectif étant de réaliser une économie de 15 millions de dinars par an. En outre, il a été décidé de réduire des pertes globales qui se situent à plus de 16% en 2017 à 12% en 2020.

 

S’agissant des actions spécifiques, le problème de la pointe de consommation de l’été a été au centre des discussions. Ainsi, il a été convenu avec la partie algérienne d’augmenter la part d’électricité à l’heure de pointe. Cette dernière a accepté d’augmenter ses capacités pour fournir la Tunisie en électricité. Le volume accordé à notre pays passerait de 150 MW à 200 MW.

En outre, le gouvernement va garantir l’approvisionnement de la Tunisie en gaz, un accord a été conclu à cet effet avec l’Algérie.

En outre, il a été décidé que la Steg se concerte avec les consommateurs énergivores (cimenteries, briqueteries, etc.) pour qu’ils réduisent leur consommation aux heures de pointe, contre des incitations financières. Des incitations seront également offertes aux producteurs d’énergie.

 

Par ailleurs, le gouvernement tenterait de réduire l’impact d’éventuelles mesures d’efficacité énergique sur les familles nécessiteuses en mettant en place le programme Prosol Social pour alimenter 1.100.000 foyers, dont la consommation est située entre 800 et 1800 kW par an, de panneaux photovoltaïques ralliés aux réseaux pour un prix symbolique. Cette mesure sera accompagnée de mécanismes spécifiques touchant l’éclairage, les réfrigérateurs et l’isolation des maisons.

D’ailleurs, un projet pilote sera initié dans la ville de Tozeur et concernera 10.000 ménages, qui bénéficieront de 10.000 systèmes photovoltaïques, de 5.000 réfrigérateurs et de 30.000 lampes LED.

 

Interrogé par Business News sur un éventuel changement d’heure, Mohamed Habib Zgolli a expliqué que l’étude faite en 2000 allait être mise à jour, et ceci à la demande de la présidence du gouvernement. L’étude avait conclu à l’époque de l’inefficacité de changement d’heure : «les habitudes des Tunisiens ont la peau dure et les Tunisiens allument la lumière même en plein jour», nous ont expliqué les deux DG.

S’agissant de la voiture électrique et hybride, M. Zgolli a expliqué : «le développement de l’énergie renouvelable nous pousse à songer à l’utilisation de la voiture électrique. Ainsi la subvention destinée à la compensation de l’énergie servira à permettre la pénétration des voitures électriques. Un projet pilote est en cours d’étude avec 2 voitures et 1 bus, qui sera ensuite généralisé pour concerner les flottes captives comme celles de la Steg et de la Poste»

«La politique énergétique n’a pas un souci purement énergétique mais elle a une dimension économique, sociale et même de développement régional. Les autorités de tutelle travaillent aussi sur le volet de la réduction de la précarité énergétique en Tunisie, la rubrique énergie étant assez importante dans le budget des ménages», nous a confié Hamdi Harrouch.

 

Gagner le pari de l’énergie s’est avoir une vie meilleure et moins chère. C’est pour ça qu’il est important que chacun prenne part aux efforts d’économie d’énergie. Les répercussions se sentiront d’abord sur la bourse du Tunisien, et à termen, sur sa qualité de vie.  

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